NDLR : Bonjour à tous,
L’article suivant rapporte le vécu de notre ami et membre du club, Ronald De Guise, lequel a subit un AVC qui l’a terrassé un matin de janvier 2017 à son travail. Ronald étant devenu rapidement un ami et un membre assidu du club d’échecs de Chambly… Tous, nous l’aimons bien et avec sa permission, la revue a tenu de diffuser son expérience médicale récente afin de la partager aux membres. Cela m’a été raconté avec l’encre de ses yeux.
Danyel Hains, rédacteur du fanzine du Club d’échecs de Chambly (2017).

Un jeudi pas comme les autres.

Le jeudi matin du 5 janvier 2017, une journée de travail qui s’annonçait tout à fait normale, est venue tout changer dans ma vie…une journée presque fatale !
J’avais commencé ma journée devant mon ordinateur de bureau, quand soudainement, ma vision devint embrouillée dans mon œil droit. Je ressentais en même temps une certaine raideur dans mon cou. Peu m’importait, je continuai mon avant midi de travail en pensant que mon état ne serait qu’un malaise passager et s’améliorerait de lui-même.
Après le repas du midi, ma vision évolua en se détériorant au point tel que mon œil droit se plongea de plus en plus dans une noirceur presque parfaite, éteinte si je puis dire… Serait-ce un signe de d’hypoglycémie du diabète ?… mais juste à un œil ???… Suis-je en train de devenir aveugle ?…Je réalise soudainement tout le sérieux de ma condition et j’averti mon entourage au travail que ça n’allait pas mais pas du tout !…
On s’est dépêché de contacter une ambulance et on me conduisit à l’urgence de l’hôpital Pierre-Boucher à Longueuil. Les ambulanciers pensent alors que je suis victime d’un ACV. Ils avaient raison.
Après plus de trois heures dans la salle d’attente, mon épouse me rejoignit. Soudain, je me suis mis à échapper de la main gauche mon cellulaire et à marmonner des mots de façon presque inaudibles… Au dire de mon épouse, je suis tombé en convulsions et s’accentua alors la détérioration de mon état. Cela devint un code prioritaire de survie selon l’équipe médicale.
On me monta immédiatement pour un SCAN qui détecte la présence d’un caillot de sang qui bloquant mon artère (la carotide) dans le cou. .Une opération délicate pour tenter de dissoudre le caillot était imminente et les chances de m’en sortir vivant furent, au dire de l’équipe médicale 50% – 50%. Ma femme a dû signer le consentement pour l’opération. De toute façon sans opération j’allais mourir.

Entre la vie et la mort

Pour rendre mon cas encore plus difficile… il n’y avait pas de spécialiste de disponible à l’hôpital Pierre-Boucher pour traiter mon caillot et on me transféra à l’hôpital Notre-Dame de Montréal où une équipe m’attendit pour tenter l’opération avec tous les risques qu’elle puisse comportée. La dernière chose que je me souviens c’est le transport vers Notre-Dame. Après, plus rien… black-out total.
Les spécialistes de Notre-Dame établirent un protocole d’opération qui consista de tenter de dissoudre le caillot en passant par une veine à l’aine et puis de remonter jusqu’à la jugulaire et d’injecter un produit dissolvant… si jamais le caillot se déloge et se rend au cerveau avant de se dissoudre… je suis un homme mort. J’imagine l’angoisse vécue par mon épouse lorsque qu’elle a eue à signer l’autorisation concernant cette opération.
Bref, si je donne ici mon récit… cela veut dire que l’opération a été une réussite… ouf ! Et à mon réveil, après l’opération, mon frère Jean-Claude était là près de moi et le spécialiste m’a demandé quelques questions d’ordre cognitives à savoir si je reconnaissais mon frère et quel était son nom… Suite à mes réponses… celui-ci nous dit : «On va le réchapper » !!…
Selon les spécialistes, je été victime d’un DAC (Défaut de l’Artère Cérébrale). J’avais une malformation de naissance dans la l’artère carotide de mon cou droit qui s’est soudainement déchirée. Je suis resté une semaine aux soins intensifs à Notre-Dame avant de retourner à Pierre-Boucher pour un autre deux semaines en observation. Si l’opération a été un succès… les séquelles auront laissées des traces terribles. J’ai dû réapprendre à marcher, à avaler, à utiliser ma main gauche avec des exercices de physio et d’ergonomie quotidiens. J’ai reçu des services médicaux de premiers ordres et l’équipe médicale a été super tout au long de cette tragédie. Même la bouffe d’hôpital était bonne !! J’ai reçu mon congé de l’hôpital mais ma convalescence s’avèrera une épreuve au quotidien.
Outre le fait que j’ai encore une gestion auditive lente et que j’ai eu la perte du nerf optique de mon œil droit (par cause de manque d’oxygène), ma condition générale progresse de mieux en mieux (environ 50 % de mieux qu’après l’opération) malgré cela certaines séquelles resteront probablement irréversibles.
Au moment de rédiger mon récit médical… je me dirige vers une longue convalescence… avant même de pouvoir penser retourner au travail. L’angoisse de ne pouvoir retourner travailler pour gagner ma vie m’a habité tout au long de ma convalescence… La vie nous fait de ces surprises inattendues qui vous font réfléchir sur biens des aspects. Mon expérience m’a apprise qu’il ne faut jamais prendre les choses pour acquises car en un clin d’œil tout peut basculer… dans les parties d’échecs. J’en suis la preuve vivante. Alors je regarde maintenant de la vie avec une toute autre vision, un tout nouveau regard. Une chose est certaine et heureusement…mon gout de jouer aux échecs ne m’a pas été enlevé… et il est toujours aussi fort et intense.
Heureusement… après plus de huit mois de convalescence, j’ai reçu finalement le ok pour retourner au travail. Ma vision s’est suffisamment rétablie et cela est une bonne chose de réglé.

 

Ronald De Guise,

Membre du Club d’échecs de Chambly