Pourquoi l’intégration du jeu d’échecs à l’école ?

Traduction libre de Jim Trodd et Germain Laplante (1997)

Texte original en anglais de Ralph Hall « Why Chess in the schools? » (1983)

Le jeu d’échecs a sa place à l’école. Aujourd’hui, beaucoup d’activités sont passives et n’offrent que peu d’efforts de concentration sans oublier l’augmentation abusive ou non des prescriptions de médicaments chez les apprenants en difficultés d’apprentissage et la diminution budgétaire des ressources matérielles pédagogiques.

Le jeu d’échecs est disponible comme activité pédagogique ou récréative et nous le plaçons dans un niveau d’ordre supérieur d’apprentissage. Le jeu d’échecs possède nombre de vertus. Il nécessite que l’apprenant s’implique activement dans une confrontation qui demande beaucoup mentalement. Ses effets sont stimulants et sains; ils ne coûtent pas très chers; ça ne prend pas de machines qui demandent de l’énergie; ça n’exige pas de complexités d’organisation ni de l’équipement dispendieux.

 

Le jeu d’échecs

Pour beaucoup de gens, le jeu d’échecs est le meilleur des jeux se jouant à deux. C’est une confrontation intellectuelle jouée sur un plateau de 64 cases. Chaque participant contrôle 16 pièces; huit pions, deux cavaliers, deux fous, deux tours, une dame (reine) et un roi.

Nous pouvons considérer chaque joueur comme un général qui contrôle une armée s’engageant dans des batailles excitantes. Mais ce contexte d’approche s’identifie plus à un jeu de simulation. Depuis le brevet d’invention de Nathan Cook en 1849, il est question de rendre artificiels les jeux de guerre. De notre temps, le jeu d’échecs est plutôt classé comme un jeu à règles complexes. Même cette version doit se démystifier. L’important est de retenir que le jeu d’échecs est un jeu d’intelligence mettant en œuvre les éléments d’adaptation de l’apprenant. Sa confrontation avec un pair est une mesure des acquis complexes de l’intelligence. Elle vise un plan particulier de gestion de l’apprentissage c’est pourquoi que dans l’autorégulation de l’apprenant il y est perçu comme un général de factions composées de stratégies et de tactiques militaires. Le jeu d’échecs est bien loin d’une telle représentation. La vision militaire devient seulement un archétype de la pensée.

Le jeu d’échecs est l’un des rares jeux où rien n’est caché. On y voit toutes les pièces sur l’échiquier. On y gagne en démontrant une meilleure compréhension des positions de l’adversaire. Le gagnant obtient la satisfaction d’avoir gagné une bataille de l’esprit.

Les origines du jeu d’échecs datent depuis quelques milliers d’années. Un de ses ancêtres était connu en Inde il y a 1300 ans (et prit naissance au 6e siècle avant notre ère). Il s’agit du Chatouranga qui se pratiquait à 4 joueurs et faisait l’usage d’un dé. Après quelques siècles d’utilisation le dé fut supprimé pour éliminer la loi du hasard. Les règles du jeu d’échecs moderne auraient commencé à être adoptées il y a 500 ans et elles n’ont que très peu changées depuis. Le noble jeu, comme il est appelé souvent, est joué partout dans le monde et sa popularité continue à augmenter.

Le nombre de coups possibles dans une partie d’échecs dépasse la compréhension; il y en aurait autant, sinon plus, que le nombre de molécules qui composent notre système solaire. Après que deux joueurs ont fait leurs premiers dix coups, ensemble ils ont sélectionné une vingtaine des 169, 518, 829, 100, 500, 000, 000 coups possibles.

Les mathématiciens ont estimé que si on continue de jouer aux Échecs au rythme que l’on joue jusqu’à ce que le soleil explose, seulement 5% des combinaisons auront été jouées.

L’attrait des Échecs

Quoique beaucoup de gens pensent que jouer aux Échecs c’est trop difficile pour ceux d’intelligence moyenne, ce n’est pourtant pas nécessaire d’être un « génie » pour s’y adonner. Il y a des milliers de joueurs partout dans le monde et la plupart sont des gens ordinaires d’une intelligence moyenne. Les clubs d’échecs qui ont le plus de succès sont ceux qui fournissent l’occasion de compétitionner avec les joueurs de tous les niveaux économiques ou culturels. Ce ne sont pas seulement les érudits qui possèdent l’aptitude de jouer. Tous et chacun peuvent démontrer avec justesse leur capacité d’apprentissage.

La plupart des joueurs ordinaires ne peuvent pas se mobiliser contre les idées stratégiques et combinatoires pour pénétrer le jeu des meilleurs joueurs sans avoir recours à des cours spécifiques, mais ils peuvent avoir autant de plaisir de jouer à leur niveau d’aptitudes, c’est-à-dire, contre des adversaires de force égale. Aussi, le joueur moyen peut apprécier et trouver agréable la beauté des jeux de maîtres; les combinaisons étonnantes ou les stratégies précises peuvent donner des heures d’amusement ainsi que d’excellentes leçons d’apprentissage.

Les résultats de la plupart des tournois du niveau des maîtres sont publiés (quelques fois après quelques heures seulement) partout dans le monde. Même, il existe des milliers de livres annotés sur les parties de maîtres et des matchs analysés par d’autres maîtres. Il existe aussi des manuels d’instruction pour néophytes ou joueur avancé.

Beaucoup de gens qui ne jouent pas aux Échecs pensent que c’est un jeu très lent avec très peu d’action, mais ce concept est aussi faux que la plupart des autres stéréotypes existants. En outre, dans l’intensité tranquille des matchs de tournoi, plusieurs variétés du jeu sont rapides et parfois bruyantes telle que le « blitz » dix minutes, cinq minutes ou les semi-rapides 30 minutes/mat.

Même si les jeunes sont dans un « silence requis » souvent, il y a des verbalisations ou des mouvements corporels causés par leurs sentiments de joie, d’angoisse ou d’excitation. Pour les joueurs aguerris, le jeu d’échecs est un drame en développement. En jouant, la tension monte à un tel point qu’une crise est atteinte et sera déterminante de la fin de partie. Tous les joueurs vivent les émotions d’une histoire excitante.

Le jeu d’échecs conserve un attrait esthétique très fort. Les meilleures parties sont des pièces d’art reflétant des histoires courtes, un roman, un dessin animé ou une fresque. Elles sont le produit d’une pensée originale et créative. L’attirance esthétique majeure des Échecs se retrouve dans toute la dimension personnelle d’une efficacité, d’une précision, ou d’une force descriptible sur le plan psychologique qui se fondent dans l’originalité de la tactique et de la stratégie du jeu lui-même. Des milliers de livres et de revues sont publiées chaque année et la plupart traite d’un esthétisme des Échecs. La beauté des Échecs est aussi irrésistible et donne autant de plaisir que les arts en général.

Les opportunités sans fin de créer des nouvelles combinaisons sont peut-être comparables à la composition musicale ou à l’expression par la peinture.

 

Les avantages d’apprendre les Échecs

Enseigner les Échecs à l’école donne plusieurs avantages. Les Échecs montrent l’importance de la précision. La chance est limitée par l’élimination du hasard. Le jeu d’échecs demande que la logique soit coordonnée avec l’instinct. C’est une activité efficace pour enseigner à prendre des décisions. Le jeu d’échecs est une source de satisfaction sans fin. Plus on y joue et plus la satisfaction se fait ressentir. Le monde des Échecs est une récréation très organisée avec ses clubs (cercles), ses ligues, ses systèmes de cotes, ses tournois locaux ou par correspondance, ses rencontres par équipe, sa littérature abondante, et sa gestion élaborée d’administration locale, régionale, nationale, et internationale. Le jeu d’échecs existe dans un langage international avec la notation algébrique employée partout comme s’il s’agissait d’un nouvel espéranto. Les joueurs sont reçus amicalement dans n’importe lequel des milliers de clubs (cercles) partout dans le monde.

Avec la mobilité de la population d’aujourd’hui, les écoles devraient éduquer les nouveaux arrivés à ce qu’ils soient intégrés facilement dans leur nouvelle société. Le jeu d’échecs devient alors une des possibilités différentes d’insertion sociale. « L’entrée sociale » dans un club (cercle) d’échecs est réalisable dans pratiquement toutes les grandes villes du monde.

Comme passe-temps à la maison, le jeu d’échecs peut devenir un outil de relaxation et de récréation. Il peut devenir un instrument qui suscite de l’intérêt, de l’amusement et de la satisfaction pour toute la vie… Comparé à la plupart des sports d’école, le jeu d’échecs fournit des avantages à plus long terme. L’âge, un handicap physique, ou bien la classe sociale influencent très peu notre capacité de participation.

Pour ceux qui veulent poursuivre et jouer aux Échecs sérieusement les occasions sont illimitées. Pour ceux qui deviennent fascinés, les Échecs ressemblent à une passion. Les maîtres se disciplinent à peu près comme les grands compositeurs de musique. Pour atteindre de haut niveau, on doit constater des résultats de l’ordre suivant : 1. Étudier et s’entraîner constamment; 2. Développer la mémoire; 3. Essayer des idées nouvelles; 4. Développer un style personnel de jeu; 5. Développer la confiance en ses propres capacités; 6. Développer la science du jeu, le génie intérieur en potentiel.

Les Échecs, les mathématiques, et la musique ont produit des prodiges. Souvent, ce fut la combinaison de deux de ces sciences qui ont donné à l’humanité des esprits tels que Gauss (mathématiques et problémisme échiquéen); Dunican dit Philidor (musique et maîtrise du jeu d’échecs); Morphy, Capablanca, et Reshevsky, etc. Ces trois derniers déconcertaient leurs adversaires et les spectateurs, dès l’âge de 10 ans, par leur précision et la profondeur de leur jeu. Pour eux, le tout relevait du génie instinctif.

La compétence aux Échecs semble être liée à une logique inhérente, une aptitude à résoudre des problèmes, un certain tempérament, une pensée ouverte, et une reconnaissance de la beauté du jeu.

Plus on comprend le jeu d’échecs, plus ça devient un exercice intellectuel pur. Au plus haut niveau, les matchs deviennent des concours d’imagination. La part de la chance est presque zéro. Le talent d’un joueur n’est pas mesuré par le nombre de coups qu’il voit d’avance, mais par sa capacité de voir une série de mouvements comme une série d’ensemble. C’est par la clarté de la conceptualisation que l’on distingue toujours les joueurs du calibre de championnat du monde. Pour les meilleurs joueurs, chaque match est une création originale. Ils utilisent des principes de « bon jeu » pour bâtir des nouveaux « patterns » de pensée. Les grands-maîtres surclassent les autres par des précédents et pensent l’impensable. Celui qui joue guidé seulement par l’expérience ne sera jamais aussi grand (bon) que celui qui prend chaque match comme une construction neuve.

 

L’élément de bataille aux Échecs

L’élément de bataille aux Échecs se trouve dans l’objectif principal du jeu : piéger le roi de l’adversaire. Ce langage est plein d’expressions normalement associées avec la violence. Par contre, le jeu d’échecs fournit un exécutoire non-violent, une forte envie pour la zizanie. Essentiellement, les Échecs représentent une sublimation des instincts agressifs. Chacun possède des sentiments violents, d’autres préférant la bagarre mais le jeu d’échecs, comme les autres choses qui nous civilisent, changent les tendances destructrices en activités propices à une pacification.

Le style d’un joueur varie selon la personnalité. Le joueur agressif essaie d’assembler des attaques féroces. Le joueur défensif construit des murs solides en espérant que son adversaire se brise contre ses remparts. Et une majorité de joueurs changent leur style d’agressif au défensif selon la situation.

Les tournois d’échecs demandent beaucoup physiquement. Les meilleurs joueurs doivent se donner des moyens pour se garder en forme. Aussi, les tournois se jouent avec des limites de temps qui ajoutent à la pression.

 

Comment encourager les Échecs ?

Les écoles peuvent fournir des opportunités aux étudiants à apprendre et à s’entraîner par la création de clubs (cercles) d’échecs dans leur milieu, faire des compétitions internes et donner des cours accrédités ou non. Des équipes peuvent aussi représenter l’école dans des compétitions inter-écoles.

S’il n’y a pas d’enseignant à l’école pour faciliter l’apprentissage des Échecs, souvent on peut trouver une personne accréditée pour aider à démarrer un programme.

Une fois que quelques étudiants apprennent le jeu avec un minimum de support et d’encouragement, c’est déjà suffisant pour aider le programme à grandir. Les joueurs, eux-mêmes, recruteront des membres additionnels.

Un programme d’échecs se soutient par l’obtention de quelques échiquiers et des jeux, possiblement quelques livres, et, si la compétition devient sérieuse, quelques chronomètres d’échecs. Les autres provisions pédagogiques sont minimales : A. donner un temps pour l’entraînement, un temps pour l’instruction; B. faire des réunions de club (cercle) et des matchs. Ce sont là, les soutiens les plus précieux que les jeunes joueurs peuvent recevoir. Comparé avec le coût d’autres programmes, les Échecs sont une occasion en or, pas cher avec peu de matériel et surtout avec un matériel non-périssable.

Apprendre à jouer aux Échecs est une opportunité pour les écoles. Et y apprendre à jouer devrait faire partie du programme scolaire parce que : c’est un jeu fascinant, il peut devenir un passe-temps pour la vie, il se retrouve à l’échelle internationale, il coûte un minimum de ressources, et il demande aux participants un exercice de leurs facultés proche de la capacité d’apprendre, un développement de la concentration et de la mémoire, une prévision de calcul mathématique et géométrique, du jugement et du plan cartésien, et de la créativité. Pour toutes ces raisons, les écoles devraient fournir des opportunités aux enfants pour apprendre et jouer aux Échecs.

Traduction révisée le 12 septembre 2009.